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Une RCH... et après ?

Et le cul dans tout ça ???

7 Février 2015 , Rédigé par Une rch... et après ??? Publié dans #Réflexions, #Réflexions autour du corps

Et le cul dans tout ça ???

Cette question, on ne se la pose pas réellement... on la vit. Évidemment, chacun à sa façon. Pour certains, le contexte médical, que ce soit les poussées ou les interventions chirurgicales, ne changera rien à leur vie sexuelle, à leurs envies, à leur pratique. Pour d'autres, les chirurgies et la maladie seront vécues comme un véritable bouleversement pour leur corps, un traumatisme bloquant tout désir. Entre les deux, il y a tous les autres.

Personnellement, pendant toute une période, je ne pouvais tout simplement pas avoir de rapport sexuel. Je ne pouvais pas et surtout je ne voulais pas ! Les douleurs pendant la seule poussée aiguë que j'ai eu ont été tellement intenses qu'elles n'ont laissé la place qu'à un profond désir de RIEN, d'absence de sensations. Et tout s'est enchaîné tellement vite entre la poussée et la chirurgie, les complications et les nombreuses et longues hospitalisations que j'ai mis du temps à me retrouver dans mon corps. J'avais eu tellement mal et j'étais tellement fatiguée. Il fallait que je réapprenne à prendre du plaisir. Je crois que mon corps avait oublié, ou qu'il avait peur. Un mécanisme de défense. Et pourquoi cette fois, ce ne serait pas pour me faire mal qu'on me touche ? Alors il se braquait et toute tentative de sollicitation était vécue comme une tentative d'intrusion dans cette intimité qui n'était plus la mienne. Mon esprit semblait confondre la pénétration sexuelle avec les diverses intrusions vécues par mon corps ces derniers mois, que ce soient les drains, les perfusions, les voies centrales, les sondes, les dilatations ou les endoscopies.

Alors voila, personnellement, le premier défit pour moi a été de me réapproprier mon corps et mon esprit avant de pouvoir laisser quelqu'un d'autre me toucher. Et quand je dis quelqu'un d'autre, je parle de l'amour de ma vie, de mon homme qui m'accompagne depuis des années, qui est la douceur et la compréhension même. Mais il était devenu un étranger pour mon corps. Même de lui, mon corps avait peur. En réalité, j'ai compris que j'étais moi-même devenue étrangère à mon corps, à ce corps. Il a donc fallut que je réapprenne (ou peut-être même que j'apprenne) à le connaître, à le reconnaître, à l'écouter pour me connaître, me reconnaître et m'écouter. Ecouter mes sensations, essayer de les comprendre, ajuster mes gestes. Redécouvrir mon corps modifié, meurtri. Réussir à lui transmettre du doux, de l'agréable. Réussir à redéfinir un espace de plaisir charnel dans mon esprit, réactiver les connexions engourdies. Pour ça, les toys m'ont été bien utiles (spéciale dédicace à l'option vibro). Il fallait que je me réapproprie le plaisir avant de pouvoir m'ouvrir à quelqu'un d'autre. Et à son tour, il a fallut qu'il redécouvre mon corps, mon nouveau corps, sensible et conscient. Ses nouvelles réactions. Son hypersensibilité. Son besoin exclusif de douceur et de tendresse pour tenter de lui faire oublier ses douleurs passées ou au moins pour lui rappeler que le plaisir est encore et plus que jamais possible.

Alors c'est sûr, dans ces moments-là, il faut réinventer un peu la sexualité. Les préliminaires prennent une importance considérable. Il faut aussi accepter (nous et notre partenaire) que le rapport sexuel ne soit pas toujours symétrique. A certains moments, on donne plus qu'on ne peut recevoir. Et on y prend beaucoup de plaisir ! On exploite plus certaines sphères de la sexualité, de la sensualité, de nouvelles sphères même. Il faut un peu plus d'imagination : il n'y a pas que la pénétration dans la vie ! Ou découvre un "nous" sexuel différent, plus varié, plus riche et plus subtil qui laisse présager du bon pour la suite !! Et pour que tout ça soit possible, je crois que le plus important de tout c'est d'en parler, c'est de se parler. On est deux, on a des envies différentes, des sensations différentes. C'est sûr qu'à des moments, il faudra gérer des frustrations, des gènes, des incompréhensions. Exprimer ce que l'on ressent peut permettre à l'autre de comprendre un peu mieux, ou au moins d'essayer ! Et quand je dis l'autre, je dis aussi que ça peut "nous" permettre de comprendre ce que l'autre ressent. Parce que bon, c'est bien beau de se regarder le nombril et de penser à soi mais tout ce dédale médical est loin d'être une partie de plaisir pour notre entourage et pour notre conjoint en particulier ! Et je pense que c'est important aussi de réussir à comprendre comment il/elle vit tout ça. Alors on discute, on partage, on échange, verbalement, tactilement, sensuellement, enfin comme on veut quoi !

 

Une remarque, et de taille : médicalement, après chaque intervention, il faut seulement attendre une dizaine de jours avant de pouvoir reprendre une activité sexuelle normale. Alors pas de panique, moi c'est surtout mon cerveau qui a coincé !! Et je pense aussi que je n'ai probablement pas la même vision des choses qu'un homme au niveau sexualité.

 

Une deuxième remarque - parce qu'on n'ose pas toujours poser la question et que certains médecins sont capables de nous mettre des doigts dans le cul (pardon : toucher rectal) et de sortir nos intestins sur une table d'opération mais sont tout gênés quand on leur parle sexe, pénétration et sodomie - donc il faut oublier la sodomie après une anastomose iléo-anale ou rectale et ceci est non négociable.

Une troisième remarque (pour les nanas) : les opérations au niveau du rectum peuvent avoir un impact sur les sensations dans le vagin. La pénétration peut devenir douloureuse. Il ne faut pas hésiter à en parler à votre médecin, gynéco et même psy (ça fait du bien d'entendre que c'est normal des fois !!). Il pourra vous conseiller et vous prescrire des séances avec une sage-femme pour de la "ré-éducation" du périnée (pas le psy, on est d'accord, lui il s'intéressera plutôt au rapport qu'on peut avoir à notre corps). Ok c'est loin d'être glamour mais bon après tout ce qu'on a vécu, on n'est plus à ça prêt ! L'idée, c'est de remuscler le périnée (muscle qui sépare le rectum du vagin) pour l'épaissir et permettre au cerveau de mieux distinguer les sensations de l'un et de l'autre. Pour recréer des espaces spécifiques à chacun. En outre, remuscler le périnée favorise paradoxalement le relâchement des muscles dont la contraction réflexe peut être à l'origine de la douleur lors de la pénétration. Moi je dis qu'avec tout ce qu'on vit, si on en a envie, pourquoi se priver d'un peu de plaisir ! Et si on a besoin d'un petit peu d'aide pour ça et que cette aide existe, profitons-en ! En plus, les sages femmes (parfois sexologues en plus) sont des Femmes, à l'écoute de ce qu'on peut ressentir en tant que Femme et non pas en tant que patiente. Ca change ! 

Et le cul dans tout ça ???

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lili 07/03/2015 00:36

Merci pour ces écrits qui me rassure beaucoup

Une rch... et après ? 08/03/2015 21:53

Merci pour ton commentaire Lili. Ca me fait plaisir de savoir que ce que j'écris a pu un peu t'aider. Bonne soirée et bon courage je suppose.